Loading...
Loading...

Technologies et Services pour l’autonomie

ETAT DES LIEUX

La mission s’est penchée avec attention sur les technologies et services améliorant le «vivre chez soi». En effet, dans un contexte de restriction de l’espace vital et des déplacements, il est essentiel d’examiner les remèdes apportés par certaines technologies : parce qu’elle augmente la capacité de la personne âgée, la technologie contribue à diminuer sa dépendance. La diminution, au moins relative, des personnes ressources (aidants professionnels ou familiaux) est prévisible compte tenu de la croissance considérable des besoins rend particulièrement aigu le recours nécessaire à ces outils.

Les technologies et services pour l’autonomie constituent un secteur économique porteur, dont l’innovation est fortement encouragée dans certains pays (Etats-Unis notamment) par la recherche académique, donnant naissance à un tissu industriel de PME très dynamiques qui réinvestissent une part importante de leur chiffre d’affaires en R&D. Si certains se spécialisent sur des niches technologiques (les robots thérapeutiques pour les Pays-Bas, les technologies de la motricité et de l’hygiène pour le Danemark, etc.), d’autres comme le Japon ou la Corée du Sud ont intégré plus largement les problématiques d’autonomie dans une approche de « conception universelle » (design for all). En France, des initiatives telles que la création du Centre National de Référence Santé à Domicile et Autonomie ou l’action de certains pôles de compétitivité permettent le développement du secteur, dans une recherche constante d’innovation par les usages.

LES AINES : UNE RELATION DIFFERENCIEE AUX TECHNOLOGIES

Sur les 12 à 13 millions d’individus qui constituent la population française des Aînés, environ 10% sont allocataires de l’APA et à ce titre considérés comme dépendants, un peu plus de la moitié subissent ou ont subi des affections de longue durée et voient donc diminuer leur autonomie. La mission a souhaité prendre en compte ces différentes catégories de population (aînés actifs, aînés à risques, aînés en perte d’autonomie) dont les besoins se renforcent en fonction de l’évolution de leur autonomie.

Si un socle commun, constitué de présence, de sécurité, de lien social (communication, réseaux sociaux) et de recherche d’information est identifiable, de nouveaux besoins naissent avec la perte progressive d’autonomie et viennent s’ajouter aux besoins initiaux. Certaines pathologies feront apparaître de nouveaux besoins, sans faire disparaître les besoins antérieurs. Le schéma suivant illustre la corrélation entre croissance des besoins et diminution de la population cible. Il suggère donc les problématiques liées au modèle économique et à la solvabilisation de la demande s’agissant des technologies et services qui répondront à ces exigences nouvelles.

En prenant en compte les besoins des Aînés actifs (et non seulement dépendants ou à risques), la Mission a souhaité mettre en avant la nécessité d’anticiper la perte d’autonomie, et de ne pas se focaliser sur les seules problématiques liées aux générations les plus âgées ou les plus dépendantes – quand bien même ces aînés actifs sont souvent eux-mêmes des aidants pour les Aînés à risque ou en perte d’autonomie. En effet, ces dernières représentent à certains égards une génération de transition vis-à-vis du numérique, une catégorie de population dont les réticences ou difficultés d’usage très compréhensibles ne se retrouveront pas nécessairement chez celles qui les suivent. D’ores et déjà certains aînés ont acquis les réflexes des générations « natives du numérique », s’étant formées dans le cadre professionnel ou au contact de leurs enfants et petits-enfants, ou dans le cadre d’actions associatives. En France, un internaute sur quatre est âgé de 55 ans ou plus, et si seul un quart des personnes âgées estime que l’Internet représente un bon vecteur de sociabilité, 40% d’entre elles 22 « reconnaissent à la fois son intérêt pour se distraire ou pour suivre des formations . » L’expression des besoins, le rapport même à la technologie est donc profondément différent en fonction des catégories d’aînés concernées.

DES POSSIBILITES ETENDUES OFFERTES AUJOURD’HUI PAR LES RECENTS DEVELOPPEMENTS DU NUMERIQUE

Les bouleversements liés au passage à l’ère numérique modifient considérablement les possibilités technologiques en matière d’aide à l’autonomie. Technologies dites sociales (de mise en relation) d’assistance ou de santé, faisant appel à des outils divers, tels que la visiophonie, les capteurs (chute, actimétrie), la robotique (robothérapie, dispositifs de rappels de tâche), elles peuvent transformer de façon décisive le «chez soi». L’usage de déambulateurs intelligents (éviteurs de collision), d’un éclairage adaptable, ou d’un habitat communicant utilisant toutes les ressources de la domotique peut contribuer de façon forte à une vie harmonieuse à domicile. De même des dispositifs tels que la géo-localisation d’appareils de secours (défibrillateurs cardiaques…) peuvent faciliter le maintien dans un environnement non médicalisé. Ces technologies, plus ou moins intrusives, peuvent également toucher à l’intégrité de la personne. Ainsi les bracelets de type GPS pour les personnes atteintes de démence ou les dispositifs implantables intelligents, qui posent des problématiques éthiques spécifiques.

Si diverse que soit l’offre technologique, elle repose néanmoins sur une constante : la familiarité avec les outils numériques et les systèmes d’information, dont le degré d’appropriation n’est pas le même pour tous.

LE NUMERIQUE, GENERATEUR DE LIENS INTERGENERATIONNELS

Dans cette perspective, le rôle que jouent les enfants et les petits-enfants dans l’acceptation, l’appropriation ou l’émergence des besoins chez les Aînés a été souligné par la Mission. En effet, les Aînés constituent souvent une seconde famille pour les plus jeunes générations, elles-mêmes demandeuses d’un environnement favorable à l’utilisation des technologies de l’information et de la communication.

A ce titre, l’exemple de la « banalisation » de la console de jeu WII chez certains grands- parents ou arrière-grands-parents, ou des demandes de dégroupage des lignes téléphoniques liées aux recommandations d’un enfant ou d’un petit-enfant sont révélateurs du rôle potentiellement joués par les technologies numériques : support de communications, elles constituent en elles-mêmes (dans les conseils d’achat, leur utilisation, les problématiques de mise à jour, maintenance, etc.) un lien entre les différentes générations. Le Conseil de la Recherche en Sciences Humaines du Canada (CRSH) s’est penché sur cette question et valide l’hypothèse d’un transfert intergénérationnel (dans les deux sens) de connaissance au sein de la cellule familiale élargie au moyen des technologies de l’information et de la communication.

ENJEUX ET PROBLEMATIQUES

S’ADAPTER A LA DIVERSITE ET A L’EVOLUTION DES BESOINS DES AINES SELON LEUR SITUATION

DES « CIBLES » DIVERSES

La prise en compte par la Mission des différentes catégories de population concernées met en exergue la problématique suivante : la nécessité de parvenir à une meilleure connaissance des trois grandes « cibles » (aînés actifs, aînés à risques, aînés en perte d’autonomie) d’utilisateurs des technologies et services du vivre chez soi.

Cette connaissance est d’ordre quantitatif, et nécessite un chiffrage plus précis. Elle est surtout qualitative, et pourrait prendre appui sur l’élaboration de groupes de discussion (« focus groups ») permettant aux entreprises de mieux connaître dans une premier temps les besoins des Aînés afin de développer des concepts en réponse à ces besoins. Dans un deuxième temps, ces groupes permettront de discuter les produits et services élaborés, et de recueillir des informations relatives au potentiel du marché et aux réactions de ces publics diversifiés.

DES CONDITIONS TRANSVERSES

Toutefois, si différents que puissent être les utilisateurs, quatre conditions ont paru essentielles à la Mission, et devant être respectées pour permettre une appropriation par les Aînés des technologies et services proposés. Fiabilité, évolutivité, compatibilité et ergonomie apparaissent comme des caractéristiques indispensables nécessitant une attention particulière des offreurs de technologies compte tenu des spécificités du public visé. Parce qu’ils seront particulièrement fiables, les technologies et services rassureront des utilisateurs eux-mêmes en recherche de sécurité. Parce qu’ils seront évolutifs, ils permettront une mise à jour de leurs possibilités en fonction de nouveaux besoins liés à la dégradation éventuelle de l’autonomie de l’utilisateur, et à l’évolution de son environnement familial et social. Parce qu’ils seront compatibles, ils rendront possibles l’interaction avec d’autres technologies ou systèmes d’information, idéalement dans une logique non propriétaire, dans un souci permanent de confidentialité des données échangées. Enfin parce qu’ils seront ergonomiques, ils permettront une appropriation de leurs fonctionnalités par le plus grand nombre. La technologie étant ici envisagée comme permettant de rendre la technologie plus accessible et en utilisant les ressources du design afin de « s’effacer » dans l’interface avec l’utilisateur.

DES FREINS A LEVER POUR UNE PLUS GRANDE APPROPRIATION

UNE NECESSAIRE PROMOTION DES TECHNOLOGIES ET SERVICES DEJA DISPONIBLES

A l’heure actuelle le principal frein à un développement majeur du secteur consiste dans l’appropriation trop faible par les Aînés des ressources offertes par l’utilisation de ces nouveaux produits. « Vulgariser » le recours à ces technologies, rendre explicites des besoins non formulés à ce jour, apparaît comme une nécessité à la Mission. Cette sensibilisation pourrait s’effectuer via des programmes télévision courts en prime time sur le modèle des émissions de la BBC en Angleterre ou de la RAI en Italie, et reposerait sur des présentations très pédagogiques des bénéfices et des utilisations des technologies dans la vie quotidienne sur chacune des trois cibles identifiées. La ressource d’une campagne de communication et de sensibilisation de la cible, des professionnels et de l’opinion publique pourrait répondre à cette problématique et contribuer à lever ce frein au développement du secteur.

UN CADRE ETHIQUE A RESPECTER

S’agissant de technologies généralisant l’utilisation de capteurs, les échanges de données, voire l’implantation de dispositifs pouvant porter atteinte à l’intégrité de la personne, la nécessité de respecter un cadre éthique et réglementaire précis est évidemment fondamental. Les réticences d’usage liées à la confidentialité des données et aux craintes de contrôle ou de surveillance des personnes notamment seront d’autant mieux vaincues que le développement technologique se fera dans un strict respect des normes en vigueur et des institutions (CNIL…) chargées de les faire observer.

UN MODELE ECONOMIQUE A CLARIFIER POUR CES ACTIVITES

La clarification du modèle économique de ces industries et services est également une nécessité que la Mission a jugé nécessaire de souligner. Personnalisées et interconnectées, ces solutions sont aujourd’hui majoritairement trop coûteuses pour le grand public Le développement d’un marché de masse suffisant pour l’engagement des industriels, et donc la pratique de tarifs acceptables, sont les conditions de possibilité du développement de ces solutions facilitant le vivre chez soi. Si certaines externalités (circulation de l’information plutôt que du patient, responsabilisation plus grande de ce dernier dans le cadre de certaines affections ) ont été mis en valeur s’agissant de la télémédecine, le retour sur investissement en matière de technologies et services d’autonomie n’est pas encore totalement clarifié. Celui-ci reposera à la fois sur la solvabilisation des personnes (et pose donc la question de la prise en charge) et sur l’intégration des problématiques de modèle économique dans les dispositifs de soutien à l’innovation.

PERSPECTIVES D’ACTION

GENERALISER L’ACCES A L’INTERNET

Si divers que soient les besoins et les technologies, ils nécessiteront un accès généralisé à l’internet, afin de permettre la mise en place de solutions technologiques communicantes.

La Mission propose donc la mise en place de services spécifiques aux Aînés ne disposant pas d’ordinateurs mais souhaitant utiliser pour d’autres terminaux (télévision, téléphone notamment, interfaces de télésanté) l’accès à l’internet. La Mission a lancé une réflexion avec certains opérateurs sur cette question et attend de ces derniers la mise en place de solutions innovantes, qui faciliteront dans un second temps l’accès à des technologies plus sophistiquées, et la mise en place de tarifications spécifiques pour ces « connexions aînés ».

FAVORISER LA MISE A DISPOSITION D’OFFRES DOMOTIQUES GROUPEES

Afin de répondre à la problématique de la diversité des cibles d’utilisateurs, mais aussi de la solvabilisation de la demande, la Mission recommande le développement par des entreprises ou des consortiums d’entreprises d’offres domotiques groupées, présentant des solutions de sophistication différente en fonction du statut de la population cible. Elle recommande d’intégrer les technologies dans les offres de services pris en compte dans le cadre du débat sur le risque, et d’expérimenter sur des territoires l’utilisation de ces technologies par les services de soins et d’aide à domicile et les établissements sanitaires et sociaux. A terme l’objectif est d’aboutir à des offres différenciées en fonction des groupes-cibles, évolutives selon les besoins de ces derniers en termes d’autonomie.

ENCOURAGER LA CREATION DE PLATEFORMES NUMERIQUES DEDIEES

La mission propose également le développement de portails personnalisés dédiés aux Aînés et réunissant des technologies de télémédecine (capteurs de chute, prise de température, etc.), des informations de nature domotique, mais aussi des outils de type « réseau social » permettant à la personne d’être reliée à sa famille, à un organisme de services à la personne, etc. Ce type d’expérimentations développées en lien étroit avec les usages réels des Aînés permettront de cibler les services offerts et d’interconnecter les technologies requises. Certains des budgets consacrés par le Fonds Unique Interministériel ou le Fonds pour la société numérique de l’Emprunt national pourraient être utilement dédiés à ce type d’innovations. Le Centre National de Référence Santé à Domicile et Autonomie, comme les pôles de compétitivité déjà engagées sur ces thématiques, constitueront un cadre privilégié pour ces expérimentations associant acteurs publics et privés.

ORGANISER DES ETATS GENERAUX SUR LES L’IMPACT SOCIAL, SANITAIRE, ECONOMIQUE ET TERRITORIAL DE L’UTILISATION DE CES NOUVELLES TECHNOLOGIES SUR LA BASE DES EXPERIMENTATIONS MENEES DANS LES TERRITOIRES

Enfin, afin de clarifier le modèle économique et la problématique centrale de la solvabilisation de la demande, l’organisation d’états généraux sur l’impact sur la santé et le bien-être des Aînés, les liens sociaux, la réduction des coûts et le dynamisme des territoires issus de l’utilisation de ces nouvelles technologies est souhaitable. Ces Etats généraux se fonderaient sur les expérimentations menées dans les territoires sur les technologies et services et rassembleraient acteurs publics et privés de la protection sociale, conseils généraux, utilisateurs et offreurs de technologies, etc. et permettraient de confronter les perspectives et les expériences en matière de prise en charge et d’économies réalisées.

(Alain Franco – Vivre Chez soi – Rapport à Mme Nora Berra, Secrétaire d’état en charge des Aînés – Juin 2010)

 

Comments(0)

Leave a Comment